3ème entretien de la refondation

« Femmes et Politique »

 « Il n’y a pas de socialisme sans féminisme, car le socialisme c’est aussi cette attention aux inégalités » : c’est ainsi qu’Isabelle This-Saint-Jean a introduit le troisième Entretien de la Refondation qui se tenait mercredi 22 novembre, sur le thème « Femmes et Politiques ». Quelle-s difficultés pour les femmes en politique ? Quelle-s stratégies pour les contourner ? Quelle représentation des femmes aujourd’hui en politique ? Voici quelques-unes des questions auxquelles ont répondu nos trois intervenants,  Camille Froidevaux-Metterie, professeure de science politique à l’Université de Reims Champagne-Ardenne et membre de l’Institut Universitaire de France, Dominique Meurs, chercheuse associée à l’Ined et professeure à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense (EconomiX), David Nguyen, directeur conseil au département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’Ifop.

 

Les femmes plus investies dans la vie sociale et professionnelle

Tous trois ont d’abord évalué la situation actuelle des femmes et des inégalités femmes-hommes, en particulier depuis les années 1960-1970. Aujourd’hui, les femmes sont plus qualifiées, plus diplômées, certaines grandes entreprises se sont quant à elles saisies de ce sujet.

« La condition des femmes aujourd’hui est duale » nuance Camille Froidevaux-Metterie. En effet, si elles ont intégré le marché de l’emploi, accumulé fonctions et statuts, les femmes continuent en sus de gérer l’organisation du foyer. Mais « cette dualité est devenue un peu comme le modèle de la condition humaine » ajoute Mme Froidevaux-Metterie, insistant également sur l’aspiration croissante des jeunes générations à « une sorte de conciliation des temps » entre vie personnelle et vie professionnelle.

Plus globalement, selon une étude présentée par David Nguyen trois quarts des Français estiment qu’il reste « beaucoup de choses à faire » pour l’égalité entre les femmes et les hommes, soit une augmentation de quinze points par rapport aux années 2000. Les raisons sont doubles, mélange d’une prise de conscience et de faits ayant dégradé l’égalité entre femmes et hommes. Par ailleurs, en novembre 2014, une nouvelle étude a montré que désormais le critère de la vie sociale est devenu extrêmement déterminant dans l’épanouissement, bien qu’il soit toujours derrière les enfants et la vie de couple. Chez les femmes de moins de 25 ans, le critère de la vie sociale est même plus important que celui de la vie de couple. On constate donc une plus grande appétence des femmes pour la vie en  dehors du foyer.

Etre une femme en politique : difficultés et stratégie de contournement

Tous les intervenants se sont accordés à dire qu’au niveau de la représentation nationale, l’évolution était « plutôt favorable ». Toutefois, dix-sept ans après le vote de la loi sur la parité, Camille Froidevaux-Metterie estime que cette évolution est « lente ». Le non-cumul des mandats devrait quant à lui permettre de continuer la féminisation de la représentation politique, selon Dominique Meurs.

Conception masculine du pouvoir, difficulté à articuler vie personnelle et vie politique, prise de parole en public, sont des éléments expliquant la moindre présence des femmes en politique. Ainsi, les hommes voient le pouvoir politique comme « quelque chose que l’on conquiert et que l’on occupe », quand les femmes envisagent leur carrière politique comme un passage, un moment de la vie professionnelle. Les horaires et l’agenda politique rendent plus difficiles pour les femmes l’accès au pouvoir.

La prise de parole en public reste également une véritable difficulté pour de nombreuses femmes en politique. Du côté des hommes, on interrompt, on se répète, on parle longuement ; alors que du côté des femmes, on s’auto-censure, on hésite, et on se soucie de la compétence, de la légitimité à s’exprimer sur un sujet. Pour Dominique Meurs, les racines de cette difficulté de la prise de parole « se jouent à l’école ; c’est par les apprentissages que ça va se construire ». Pour la chercheuse, ainsi en est-il également de l’occupation de l’espace public.

En outre, les violences et les remarques mysogines sont un « point commun des femmes dans ce milieu », peu importe le parti politique, conçues presque comme « un rite initiatique, comme si les femmes devaient en passer par une épreuve de ce type pour être acceptée, adoubée ». Or, ces violences peuvent être la cause d’un désinvestissement de la vie politique.

Face à ces violences, Camille Froidevaux-Metterie a défini quatre idéaux-types des femmes en politique : l’Amazone, qui « endosse la mode masculine du pouvoir, ses attributs extérieurs », la Manageur, ambitieuse, organisée, qui arrive souvent en politique après un passage dans le privé, la Citoyenne, « issue de la société civile, qui s’engage tardivement, qu’on est venu chercher pour un mandat local et qui progressivement mandat après mandat peut se retrouver sénatrice ou député », « plutôt sexagénaire et dans une posture de modestie », et la Femme contemporaine, en général trentenaire, avec des enfants, et qui ne veut abandonner ni son mandat ni sa vie personnelle.

Existe-t-il un vote féminin ?

Au cours de la 5ème République, nous avons assisté, explique David Nguyen, a « un phénomène d’homogénéisation » : les femmes votent quasiment comme les hommes. Par exemple, lors de la dernière élection présidentielle, « les femmes votent comme les hommes pour Marine Le Pen ».

Une enquête a été conduite pour affiner ce constat. Les femmes déclarent que le genre n’est pas déterminant dans leur choix, et évoquent les mêmes critères que les hommes. Mais en 2014, une étude a été menée sur les personnalités pouvant devenir Premier.e ministre : elle a montré que « les femmes avaient tendance à préférer les femmes, elles adhéraient moins à des Premier ministres comme Alain Juppé ou Jean-Louis Borloo », ce qui montre l’existence d’un « phénomène d’identification » selon David Nguyen, ce que vient confirmer l’homogénéisation du vote FN constaté lors du passage de relais de Jean-Marie Le Pen à Marine Le Pen.

Entre prise de conscience de la situation des femmes en politique et persistance des difficultés, le chemin vers une véritable représentation des femmes en politique, ainsi que l’égalité réelle entre hommes et femmes, en politique comme ailleurs, reste encore long.

 

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